Je reste sur ma faim...

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Je reste sur ma faim...

Messagepar Jive » 15 Jan 2010, 02:45

Bonjour,

Je sors de la séance de ce film que j'ai apprécié. Cependant, je trouve assez dérangeant qu'une grande partie du film parle de la violence faite aux femmes alors qu'il s'agit là d'un problème qui est beaucoup plus complexe qu'une simple histoire de domination homme/femme. En schématisant un peu, j'ai vu dans le film un découpage en deux parties :
- une première partie qui parle de la domination homme/femme dans l'inconscient collectif (qui est banalisé par les jouets par exemple) et le combat des féministes pour dépasser cette domination. Dans les discours et les images, on se rend compte qu'il s'agit d'une domination (physique et mentale) maquillée en domination de protection (la femme doit restée à la maison en sécurité, le mari est là pour la protéger, et ce message est transmis à chacune des générations qui suivent)
- une deuxième partie sur la violence faite aux femmes (physique et mentale), mais il s'agit là d'un autre type de domination qui n'a pour moi rien à voir avec la première.
Je n'ai vraiment pas compris le pont qu'il pouvait y avoir entre ces 2 parties (pouvez-vous me l'expliquer ?) et j'en ai été très troublé (dès le passage sur la violence faites aux femmes, j'ai vraiment eu l'impression de voir un deuxième film et ceci sans aucune transition).
Ce que je veux dire, c'est que mettre dans un même film ces deux éléments peut amener à avoir une vision très réductrice (voir dangereuse) du problème : finalement, si les hommes battent leur femme, c'est qu'ils y ont été conditionnés par la société dans laquelle ils vivent.

Je n'ai pas osé poser la question pendant le débat qui a suivi le film, car avec une salle acquise à la cause de Patric Jean, je redoutais l'incompréhension des autres spectateurs.
Je m'attendais à voir un film documentaire très orienté sur ce que j'ai pu voir dans la première partie, avec éventuellement une petite partie sur la violence faite aux femmes (attention, loin de moi l'idée de négliger le sujet mais cela aurait nécessité un documentaire à part entière), mais là, je dois vous avouer que je reste sur ma faim, car les résumés que j'avais lu avant de voir le film ne correspondent pas en tout point à ce que j'ai visionné...
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar Patric » 20 Jan 2010, 16:04

bonjour,
merci de votre message.

il y a effectivement un pont entre les deux parties du film. Pourquoi accepter que toutes les violences contre les femmes fassent système à l'exception de la violence physique.

bien évidemment que le passage à l'acte violent fait partie de continuum. bien évidemment que la violence conjugale est légitimée par un conditionnement social et culturel.

cela ne veut pas dire que tous les hommes passent à l'acte heureusement. Cela permet seulement à certains de faire le pas

amicalement
patric jean
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar nonviolence » 23 Fév 2010, 12:54

J'ai envie de répondre à ce monsieur qui n'arrive pas à percevoir le "pont" entre les deux parties du film.
A mon sens, le film est très fort car il commence par un "sourire", le conditionnement par les jouets d'enfants, et finit par le sujet le plus grave, les violences faites aux femmes.
Bien évidemment qu'il y a un lien entre les deux : les hommes qui exercent des violences sur les femmes sont conditionnés de façon quasi pavlovienne par le discours dominant qui reste (contrairement à ce que prétendent beaucoup d'homme)un discours différentialiste voire sexiste. C'est par ce que les hommes sont conditionnés dans cette société à être des mâles dominants que certains, incapables de réfréner leurs pulsions de mort, finissent par basculer dans la violence, que cette violence s'exerce sur les femmes, les enfants, ou certains hommes. Comme dit Patrick Jean, il y a un continuum de violence qui commence dans le discours. Les discours racistes, de la même manière, sont souvent les prémisses des violences racistes. Le discours machiste est un discours violent : ceux qui le tiennent exercent une violence symbolique et psychologique. Certains hommes, se sentant dépassés par les évènements de leur vie de couple, se sentant perdre leur ascendant psychologique sur leur conjointe, une fois que des rapports violents ont été établis au sein du couple, peuvent être tentés de reprendre le pouvoir par la violence physique. C'est un acte désespéré mais qui à mon avis n'est pas excusable moralement.
Voilà ce que j'en pense.
nonviolence
 
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar Jive » 24 Fév 2010, 00:52

Je vous remercie Patrick Jean et vous même d'avoir répondu à mon message.

Je dois vous avouer que j'ai beau tourner ma réflexion dans tous les sens, j'ai toujours du mal à faire un lien direct. Mon sentiment est toujours que le sujet sur la violence est beaucoup trop complexe pour être lié aussi simplement à une domination homme/femme. Cette situation de violence concerne 1 homme et 1 femme (avec trop de composantes qui interviennent : travail, famille, religion, etc.). Entre parenthèse, lorsqu'on parle de racisme, on est plutôt à la taille d'un groupe de personnes, avec une manipulation de l'esprit beaucoup plus marquée et franche.
N'y voyez pas là une envie de faire une polémique inutile, c'est peut être dû à ma jeunesse, mes idées politiques et culturelles, mais j'ai énormément de mal à concevoir la violence envers des femmes. C'est un sentiment un peu difficile à exprimer par des mots.
En fait, en tant qu'homme, ce documentaire met très mal à l'aise, comme s'il voulait rendre coupable tout homme qui le regarde, il y a un sentiment de culpabilité comme si nous avions nous mêmes frappé ces pauvres femmes qui témoignent. C'est ce sentiment de culpabilité (voulu ou non) que je n'arrive pas à admettre (c'est une expérience du film qui est personnelle et très difficile) et qui fait que j'ai beaucoup de mal à comprendre ce pont entre les deux parties.
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar andré » 13 Août 2010, 19:44

La violence c'est effectivement très complexe et un film ne peut pas prétendre traiter entièrement de ce domaine; par définition il est toujours un peu réducteur.
Néanmoins les principaux éléments qui constituent la "domination masculine" sont bien vus. Il est normal que les hommes soient mal à l'aise car c'est leur domination (collectivement en tant que système) qui est mise à jour; même si, effectivement nous ne sommes pas, personnellement, violents envers les femmes, de fait, la violence sexiste sur les femmes est une triste réalité , massive et universelle et cette violence, elle ne vient pas du saint esprit, mais des hommes, de leur système de domination. Il faut dépasser ce malaise, se remettre en cause (quelque part nous jouissons, sans le voir, de cette domination institutionnalisée) aller plus loin et aider les femmes à sortir de ce système.
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar Jerry » 17 Août 2010, 17:01

J'ai trouvé sur le site une piste que je trouve assez convaincante pour répondre à votre interrogation, André, sur le lien entre domination symbolique et violence faite aux femmes. Je cite :

"Paradoxalement, c’est dans les pays où les droits des femmes sont les plus respectés que la violence contre les femmes est la plus élevée."

http://www.ladominationmasculine.net/th ... ugale.html

Ce constat explique bien, je trouve, la relation entre l'imaginaire de la domination masculine et la violence conjugale : dans les pays où les femmes sont encore assujetties aux hommes, il n' a pas de contradiction entre l'idéologie de la domination masculine et la manière dont les relations de couple sont vécues. Dans les pays où, au contraire, les femmes acquièrent des droits égaux à ceux des hommes, la violence des hommes à l'égard des femmes manifeste leur difficulté à accepter cette égalisation des conditions.

Il y a donc bien un lien entre domination symbolique et violence :
- d'une part, parce que la mise en place d'une domination symbolique par l'idéologie ambiante, telle que décrite dans la 1ere partie du film, fait naître chez l'homme l'idée (même inconsciente) qu'il est un dominateur "légitime", et comme tel qu'il aurait "le droit" d'employer les moyens de se faire respecter (ajoutons à cela l'encouragement de la violence comme schéma de résoudre les conflits chez les hommes, alors que les femmes sont éduquées à parlementer).
- d'autre part, parce que le conflit entre cette idéologie de la domination et la réalité des relations de couple (l'homme est persuadé d'être l'élément dominant, mais la femme n'est plus d'accord pour se soumettre) accule l'homme à cette solution extrême : battre sa compagne.

La violence conjugale, c'est donc la manifestation de la violence symbolique lorsqu'elle est forcée à sortir du bois parce qu'elle est contestée... C'est la violence symbolique qui réèle sa vraie nature, tout comme un régime politique dictatorial manifeste qu'il l'est dans la répression de la contestation.
Jerry
 
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Re: Je reste sur ma faim...

Messagepar Jerry » 17 Août 2010, 17:03

Edit : réponse qui s'adressait à Jive, et non à André, désolée, j'ai mal relu le sujet...
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