Manifeste des hommes

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A NOUS PARIS

Encore un gros effort !
Publié le 24/11/2009

Si la femme est l'avenir de l'homme, il lui reste encore bien du chemin
à parcourir. A l'occasion de la sortie en salle cette semaine de "La
Domination masculine", un documentaire sur la place de la femme
dans notre société, petit bilan pas très glorieux des inégalités
hommes/femmes.

L'écrivaine Olympe de Gouges a beau avoir écrit sa déclaration
universelle des droits de la femme en 1791, De Gaulle a beau leur avoir
donné le droit de vote, l'Américaine Josephine Cochran a beau avoir
inventé le lave-vaisselle : il faut se rendre à l'évidence, l'égalité
hommes/femmes, prônée dans tous les discours, reste une utopie
dans les faits. Moins payées que les hommes, moins représentées
publiquement, plus souvent astreintes aux tâches ménagères et
familiales : les femmes n'ont pas vraiment une place privilégiée dans la
société. Et pour cause, la domination masculine ne remonte pas à hier,
comme le confirme Caroline de Haas, déléguée nationale d'Osez le
féminisme, un mouvement de féministes trentenaires soucieuses de
casser l'image de la, je cite, « féministe hystérique mal baisée » : « Le
patriarcat existe depuis des millénaires. A cause de ce système, la
société est organisée de A à Z autour du fait que dans le foyer, c'est
l'homme qui a l'autorité. Ce système a été renforcé par l'aspect
juridique, dans le droit romain par exemple où la femme n'avait pas le
statut de personne majeure. Elle n'était donc pas responsable
socialement ».


Plus d'acquis que d'inné

Le modèle social étant ainsi établi depuis des millénaires, la
domination masculine est devenue "normale". « L'homme ne se lève
pas le matin en se disant : Aujourd'hui je vais être dominant, je ne vais
pas faire la vaisselle », souligne Caroline de Haas . « Non, il ne fait pas
la vaisselle parce que petit déjà, il ne la faisait pas. » De là à dire que
les hommes et les femmes sont conditionnés à être ce qu'on leur dit
d'être et à ne plus en bouger, il n'y a qu'un pas, parfaitement illustré
dans "La Domination masculine", un documentaire fascinant qui
épingle pas mal de comportements humains.
Ainsi, dès la plus tendre enfance, la différence est flagrante : poupées
et dînettes pour les filles, voitures et pistolets pour les garçons. Des
choix imposés aux conséquences pas si anodines, remarque Caroline
de Haas : « C'est bizarre, mais entre une voiture de Batman et un fer à
repasser, trouvez avec quel objet je vais le plus développer mon
imagination ? » Oui, car si c'est peut-être un détail pour vous,
socialement ça veut dire beaucoup quand on sait scientifiquement qu'à
la naissance, seulement 10 % des connections du cerveau sont activées
et que le reste se développe en fonction de notre environnement. Ce
qui inquiète évidemment la jeune féministe : « Quand on est une fille
ou un garçon, on ne nous parle pas de la même manière, on ne nous
fait pas réviser les mêmes matières, les maths c'est pour les garçons, le
français pour les filles. On n'est pas représenté de la même façon dans
les pubs, on prête l'instinct maternel aux femmes alors qu'il est prouvé
que l'instinct n'existe pas dans l'espèce humaine, il s'inculque. Ce sont
des pratiques culturelles qu'on intègre comme étant normales. Eh bien
non, tout ça n'est pas normal ! »


Liberté, égalité... parité ?

Certes, la majorité des féministes concèdent que les progrès faits en
matière d'égalité depuis une cinquantaine d'années sont considérables
par rapport aux 250 000 ans d'histoire humaine que la femme a passés
traînée par les cheveux par son compagnon en peau de bête. Ces
efforts égalitaires restent néanmoins insuffisants. D'autant que certains
commencent à faire machine arrière et osent même manifester en
brandissant leur slip kangourou en guide d'étendard pour contrer la
rébellion des femmes en jupons. C'est le cas du journaliste polémiste
Eric Zemmour qui, dans son pamphlet "Le Premier Sexe", s'insurge
contre la « féminisation de l'homme » : « Les hommes sont aliénés par
cette société qui porte au pinacle les valeurs originellement féminines :
la douceur, le compromis, le Grand Amour. Ils ont perdu leur identité,
et rendu les armes. Audiard, Ventura et Gabin sont morts et Michel
Blanc incarne le nouvel idéal masculin ».

Des propos qui, cela va sans dire, font bondir Caroline de Haas : « Ça
veut dire quoi, un homme féminin, dans la tête de Zemmour ? Ça veut
dire un homme doux. Donc, il considère que les femmes sont douces.
Eh bien non ! Aucune étude scientifique n'a prouvé que les femmes
avaient un gène de la douceur. Zemmour, c'est une énorme blague, il
ne voit pas la réalité de ce qui se passe. Aujourd'hui, une femme meurt
tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint. Donc, s'il
pense que les hommes sont trop doux, il me fait bien rigoler. » Alors,
que faire pour changer les comportements et casser cette conception
du masculin/féminin ? Offrir des camions de pompiers aux petites filles
et des Barbie aux petits garçons ? Bannir le bleu et le rose des
maternités ? Partager systématiquement l'addition au restaurant ? Sur
ce dernier point, Caroline de Haas est catégorique : « C'est au prorata
du salaire. C'est comme quand on me dit : "Je suis galant, je tiens la
porte", je réponds : "Non, tu es courtois, ça s'appelle juste de la
politesse." C'est marrant, parce qu'il y a un mot spécial pour la
politesse envers les femmes. On n'a pas besoin d'un traitement de
faveur ! »

Mais si le combat se limitait à une porte tenue ou à une addition payée
sans retenue, ce serait trop simple . La meilleure chose à faire pour
l'instant, selon elle, c'est de « faire changer de lunettes aux gens, faire
évoluer les mentalités, qu'ils se rendent compte qu'il y a un problème.
C'est la première étape dans le féminisme ! » Et pour vous en
convaincre si besoin était, un coup d'œil à quelques chiffres (lire
encadré) vous montrera, messieurs, que même si vous avez bonne
conscience en mettant les assiettes dans le lave-vaisselle, la parité est
encore bien loin.

"La Domination masculine" de Patric Jean. Documentaire. Sortie le 25
novembre. www.osezlefeminisme.fr.


les chiffres

10 % seulement des dirigeants d'entreprises sont des femmes.
20 % de salaire en moins pour les femmes à niveau de qualification et à
poste égal.
23,5 % seulement de femmes dans les écoles d'ingénieurs. ? 80 % des
travailleurs précaires sont des femmes.
80 % des tâches ménagères sont faites par les femmes.
81,5 % des députés sont des hommes.
90 % des maires sont des hommes.
1965 : date à laquelle les femmes ont eu le droit d'ouvrir un compte en
banque à leur nom en France.