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Des terroristes masculinistes
HIRTZMANN,LUDOVIC
Samedi 14 novembre 2009


Québec Coup médiatique ou menace réelle sur un réalisateur belge ?

Montréal
De notre correspondant


Le réalisateur belge Patric Jean, invité à présenter son documentaire La domination masculine dans le cadre des
Rencontres internationales du documentaire de Montréal, a annulé son voyage au Québec. Le cinéaste est
terrorisé par les menaces de « masculinistes québécois ».
« Malgré toutes les protections mises en place, j’ai jugé plus sage de ne pas venir pour ne pas risquer un
“accident” », a confié Patric Jean à la chaîne québécoise d’information continue LCN. Le cinéaste a réalisé un
documentaire, tourné en France, en Belgique et au Québec, sur les groupuscules qui prônent la suprématie
masculine. Les masculinistes souhaitent un retour de la femme aux fourneaux. Au Québec, ils ont pour idole
Marc Lépine, un désaxé qui, en 1989, a assassiné des étudiantes de l’École polytechnique. Ces extrémistes
vomissent leur haine des femmes sur des blogs et des forums de discussions. « Les masculinistes sont furieux
que j’aie fait ce film, a déclaré le cinéaste au quotidien montréalais La Presse. Ces types sont suicidaires, ils se
comparent à Marc Lépine et il y a des appels au passage à l’acte. »
Sur son blog, le réalisateur évoque « des milices masculinistes, avec des instructeurs venus d’Australie et de
Nouvelle-Zélande pour enseigner des méthodes d’armement et de combat… Je risque d’être considéré comme un
ennemi ou un traître à abattre. » Terrorisé à l’idée de venir dans La Belle province, Patric Jean craint aussi pour
la sécurité de la société québécoise. Le réalisateur, qui dispose manifestement d’informations inconnues de la
Sûreté du Québec, met en garde : « Je suis très inquiet. J’imagine que les forces de police sont sur le coup. »
Rien de moins.
L’affaire Patric Jean a tout du coup médiatique réussi. Les Rencontres internationales du documentaire de
Montréal présentent des dizaines de films, dont la plupart ne seront jamais cités par les médias. Les journalistes
québécois se sont emparés de l’affaire. Radio Canada a évoqué « un film qui fait parler ». Jeudi, La Presse a titré
« Des disciples de Marc Lépine font fuir un réalisateur ». Dans cet article, le réalisateur belge flatte les
Québécois : « Vous avez 20 ans d’avance ici, par exemple sur des questions comme la violence conjugale. Il y a
des choses exemplaires au Québec. » Les femmes y ont de fait obtenu depuis longtemps l’égalité, et l’expression
« domination masculine » y sonne donc bien faux, exception faite de ces groupuscules marginaux.
Les contre-exemples sont parfois cocasses. Le terme « Mademoiselle » est pratiquement banni du vocabulaire
local. Pour ne pas être accusés de harcèlement, les Québécois lui préfèrent « Madame », lorsqu’ils s’adressent à
des jeunes filles, parfois adolescentes ! Comme l’écrit l’auteur belge Hubert Mansion dans son Guide de survie
des Européens à Montréal : « Vous trouvez ça juste, vous, qu’on dise un professeur quand il est une femme ? Les
Québécoises non plus. On dit une professeure, même si elle enseigne le français. D’ailleurs on dit aussi une
avion, une hôtel, une job, une business… »
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