15 Juin 2009
Extraits de texte sur les identités sexuées, Serge Héfez
« […] Des pères et des mères, des hommes et des femmes, qui souhaitent inconsciemment servir de modèle, reproduisent ainsi à leur insu avec leurs enfants, des schémas qu’ils combattent consciemment, et qui leur sont transmis depuis la nuit des temps. Sur un fond de similitude globale, des différences d’attitude apparaissent. Dès la naissance, les mères ont tendance à contraindre leurs filles à des heures régulières d’allaitement, alors qu’aux garçons, elles donnent le sein à la demande… !
Les pères encouragent les manifestations d’affection de leur petite fille et s’opposent à ce que leur garçon joue à des jeux jugés trop féminins, par exemple avec des poupées ; les mères par contre insistent pour que leur fille aide les autres enfants. À partir d’un même livre d’image, les parents racontent des histoires différentes à une fille ou à un garçon : les pères utilisent davantage de termes émotionnels quand ils s’adressent à leur fille. À l’école, les éducateurs sourient davantage et manifestent plus d’affection aux petites filles qu’aux petits garçons. Bref, le monde que nous leur offrons devient de plus en plus sexué.
Si l’on projette par exemple le film d’un bébé qui pleure à vingt adultes en leur demandant : “pourquoi cette petite fille pleure-t-elle ?”, ils répondent tous : “parce qu’elle est triste”, ou “parce qu’elle a du chagrin”. Si on leur demande “pourquoi ce petit garçon pleure-t-il ?”, la réponse est immédiate : “parce qu’il est en colère”. […]
C’est dans cet univers très sexué le plus souvent de façon inconsciente, que se forgent et se différencient déjà les émotions des filles et des garçons : doux et délicat pour les unes, robuste et alerte pour les autres.
Dès trois ans, les enfants distinguent les sentiments de fille et les sentiments de garçons. Entre garçons ou entre filles, on se conditionne alors encore plus à la différence des sexes qu’à la maison ! À la maternelle, les filles s’efforcent de créer et de maintenir des liens, même au prix d’un gros effort personnel et n’hésitent pas à mettre en avant leurs propres imperfections et à valoriser les qualités de leurs camarades ; elles expriment plus facilement leurs émotions «négatives» (crainte, culpabilité, humiliation) ; les garçons choisissent des jeux où compétition et autopromotion sont valorisés. Le sexisme des enfants bat son plein entre deux et six ans : ils subissent tous les stéréotypes et y adhèrent fortement pour pouvoir se différencier.
[…] Toute l’identité sexuée se constitue dès la troisième année, même si la prise de conscience de son sexe est en ébauche depuis l’âge de 18 mois. Et tant pis pour ceux qui ne se sentent pas tout à fait appartenir à une espèce, ils n’auront qu’à en subir les conséquences ! […] »
Blog de Serge Héfez, « Compétences de filles ? Compétences de garçons ? », sur le site de Libération.















