concept et photos: Frédérique Pollet Rouyer
le traitement des images a été réalisé par Cyrille Robin
Produit par Didascalie
C’est en travaillant sur le film « la domination masculine » que m’est venue l’idée de ce travail photographique.
En photographie, la question du genre, par opposition au sexe, est un concept qui a été souvent utilisé par les transsexuels et transgenres mais mon envie était de partir de la banalité, du quotidien.
Partir de l’imagerie la plus classique de la femme, à savoir la nudité et la grossesse pour construire un être hybride : masculin à l’évidence mais féminin dans la représentation.
Le genre est une construction sociale, une performance, un spectacle que chacun joue quotidiennement sans s’en rendre compte, bien souvent.
C’est aussi une obéissance à un modèle arbitraire, masculin ou féminin.
Ces photos rendent compte de cette construction par leur évidente artificialité.
Comme toute société construit un « être homme » et « être femme » selon des normes, ces images construisent tout aussi arbitrairement un « être homme enceint ».
Qui n’existe évidemment pas.
Mais qui n’existe pas plus que la masculinité ou la féminité dites naturelles que l’on nous a apprises dès l’enfance.
Le choix de la grossesse n’est pas un hasard puis qu’il est l’élément biologique qui permet à tout système patriarcal, ancien ou moderne, de cantonner les femmes dans des rôles secondaires. Sous prétexte que la femme engendre, un rôle de repli fébrile sur la progéniture et la maison lui est assigné comme une évidence. Le ventre enceint est le symbole le plus fondateur de l’oppression des femmes. Il est utilisé par les discours les plus réactionnaires pour justifier la domination masculine. « Les femmes devraient s’y tenir », « leur génie est dans leurs ovaires » affirmait-on, il n’y a pas si longtemps.
Mais l’homme enceint c’est aussi l’homme père. Pas le père tel que l’envisage le discours patriarcal mais un père qui porte, qui prends soin, qui attends, qui, tout autant que la femme-mère, met au monde un enfant.
Il ne s’agit pas de me moquer, ni de tourner en dérision mais de faire réfléchir à la question de l’image des genres féminin et masculin, tels qu’ils nous sont imposés perpétuellement.
L’homme enceint représente l’être humain de demain. Un être dont la biologie ne conditionnera plus le comportement. Un être libre de devenir ce qu’il est.
Patric Jean a pris le risque de me prêter son apparence pendant qu’il faisait son film. Si l’on reconnaît son visage, nul ne sait où commence la vraie image et où commence la construction.
On serait d’ailleurs bien surpris…
Comme on est surpris de voir où commence, chez chacun de nous, l’obéissance à un modèle : être homme ou être femme.















